23.10.2009
Conférence au Pradet
Dans le cadre du cycle de conférences "Saint Raymond" proposées par Monsieur l'Abbé Horovitz et Anne Brassié, conférence d'Henri Peter sur
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GERTRUD VON LE FORT
une Marie Noël allemande,
Lundi 26 Octobre,
à 20 h 30 (entrée libre)
Salle paroissiale
424 rue Marie Mauron
en face de l'Intermarché
GERTRUD VON LE FORT, auteur entre autres chefs d'oeuvre,de la nouvelle "La dernière à l'échafaud" qui a inspiré Bernanos pour "Le Dialogue des carmélites".
Que connaît-on en France de Gertrud von Le Fort (1876- 1971) ? Sait-on qu’avant la guerre, Claudel la tenait pour une des plus grandes poétesses de son temps (Hymnes à l’Eglise), qu’Hermann Hesse l’a proposée pour le prix Nobel de littérature en 1949 ? Sait-on aussi que jusqu’à la fin elle a correspondu avec Edith Stein, qui l’a d’ailleurs inspirée pour La femme éternelle. Ce qui est frappant dans toute son œuvre narrative, c’est qu’elle part toujours de l’histoire, qu’elle connaît bien par ses études, pour la transfigurer. « Je n’ai jamais considéré l’histoire comme une fuite de mon époque mais comme une distance qui permet de mieux reconnaître son propre temps comme on perçoit vraiment la forme d’une montagne quand on n’en est pas trop proche » : c’est ce que montre sa nouvelle la plus connue (en France particulièrement) La dernière à l’échafaud (1931) qui se joue pendant la révolution française. Dans un premier temps, elle peut bien être lue comme une dénonciation et un refus de toute idéologie ou de tout mouvement totalitaire sans visage, mais elle est surtout un récit qui peu à peu est transfiguré grâce à la figure si émouvante de Blanche de la Force, personnage qu’elle a inventé à partir de son nom, et que Bernanos va reprendre vingt cinq ans après dans sa célèbre pièce Dialogues des Carmélites (qui fera le tour du monde grâce à l’opéra que Poulenc en a tiré). Bernanos, lui, insiste sur le thème de la peur de la mort et de l’abandon à la grâce pour la surmonter, en gommant un peu l’arrière-plan historique (1948). Depuis, il est vrai que la gloire de l’écrivain français a quelque peu éclipsé celle de sa devancière, du moins en France, ce qui est fort injuste. Car, dans cette nouvelle, le souci dominant de la romancière est aussi de nous embarquer sur la scène du monde contemporain : dans ce beau monde du XVIIIème siècle en train de se dissoudre dans les atrocités de la Terreur se profile aussi l’effondrement à suivre de l’Allemagne. Toute son œuvre romanesque est bien prémonition du monde où nous devons vivre.
Dans tous ses récits Gertrud von Le Fort rayonne d’une forte tendresse maternelle lucide, celle qui nous irradie spirituellement pour nous permettre à notre tour de changer notre regard sur nous-mêmes, d’affronter notre histoire, d’en connaître ou d’en pressentir enfin la part irréductible et non cessible à l’horreur du temps.
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